Odette
Une tablette de chocolat, une bouteille de limonade, Toi qui faisais ta promenade pour m’apporter tous ces cadeaux, Moi qui pêchais les ablettes, assis au bord de l’eau… Odette était toujours à l’heure pour prodiguer sa bonté, sa chaleur. Oh oui ! Combien je m’en souviens de tous ces p’tits bonheurs ! Elle était comme le soleil quand il vient sucrer mon cœur, Elle était comme le miel qui fond dans l’âme avec douceur, Elle était comme une abeille à qui, hélas, on aurait arraché les ailes, Elle était belle comme un ciel qui ferait semblant d’être bleu. Ma grand-mère avait des rêves secrets, qui, la nuit, S’en allaient tranquilles voguer sur une mer azurée. Sur les ailes du zéphyr, ils filaient, naviguaient, Vers une île enchantée aux trésors par milliers, Une jolie calanque pour y jeter leurs ancres, Une grève semée de nacre, loin de l’amer, des simulacres. Une trêve, pour toi, grand-mère. Une poignée de friandises, même si j’avais dit des sottises, Un panier de gourmandises, même si j’avais fait des bêtises, Et fallait pas l’dire au grand-père, des fois qu’il s’mettrait en colère… Odette camouflait ses soupirs sous la beauté de ses sourires. C’est ainsi qu’elle revient toujours dans tous mes souvenirs. Elle était comme le soleil quand il vient sucrer mon cœur, Elle était comme le miel qui fond dans l’âme avec douceur, Elle était comme un mirage, un miracle, oasis au milieu d’un désert, Comme un orage sans éclair, sans rage et sans coup de tonnerre. Ma grand-mère avait des rêves elfiques, qui, la nuit, S’envolaient, rieurs, bien loin dans une forêt magique. Au rythme d’un bal féerique, ils virevoltaient, valsaient Autour d’arbres en fleur, aux couleurs fantastiques. Une belle canopée où se gorger de sève, Une clairière de mousse douce — un peu de paix pour toi, grand-mère Avant qu’un nouveau jour se lève. Et ceux qui, dans leur deuil, t’imaginent encore en ton cercueil, À t’amenuir en t’ennuyant sous ton linceul, Se fourrent vraiment le doigt dans l’œil ! Car à présent tu distribues tes friandises, tes gourmandises, Ta limonade et tes carrés de chocolat, À tous les anges dans les cieux… bleus… bleus… bleus… tout bleus. ← Retour page Compos