Lunae
Trois rêves filaient sous la lune. Cette nuit, je n’sais pourquoi, j’ai pris la clef des champs. Blanche, la campagne semblait n’être qu’ossements. Il faut croire que je n’étais sans doute alors qu’un mort-vivant. Cachés dans des recoins de pénombre, Des cauchemars aux figures laides aboyaient leurs cris de haine. J’en ai traversé, des vallées et des plaines Qui grouillaient de pensées si tristement oubliées. J’ai suivi les sentiers de larmes Que d’autres Petit Poucet, avant moi, avaient tracés sous leurs pas. Certaines avaient poussé, et leurs sanglots éclos en mélodies salées. J’ai pleuré sur leur sort — je n’étais pas vraiment mort. J’entends la chanson des déesses, Au loin la mélopée des prêtresses À maîtresse Sélène. Au-dessus de ma tête, des volées de songes silencieuses et multicolores avaient envahi les cieux. Comme moi, répondant à l’appel, elles se hâtaient par centaines vers un lieu mystérieux. J’ai continué mon chemin, le cœur battant. J’avais un peu peur, je le confesse… Tellement je voulais de caresses. Enfin, je suis parvenu au bord d’un étang, Et je les ai vues, au milieu des brumes, nues, agenouillées dans l’eau, Qui priaient le visage tourné vers la lune, implorantes, si belles. Et tous les rêves du monde venaient à leur rencontre Et se jetaient à corps perdus dans l’onde, Dans les frissons dorés d’un astre affamé. J’ai supplié pour qu’elles me prennent… Jusqu’au petit jour… Pour qu’elles m’emmènent avec elles. ← Retour page Compos