Le loup et l'agneau
Voyez l’agneau qui pleure sous la lune pleine Il égrène ses chapelets de peines En suppliant l’étoile, l’étoile du berger De lui montrer le bon chemin De son doigt d’or, de son doigt divin Mais ce phare est trop falot Pour éclairer les mystères Du céleste bercail Où dans sa lumière Il se laisserait fondre En éternelle conscience Si belle et si pure Ô immaculée clarté, néante noirceur Siamoisez-vous mes sœurs, Et sur ma palette intérieure Mélangez vos humeurs En camaïeu de gris Peignez des crépuscules, des paysages au lavis Aux pinceaux fumigènes embrumez vos attraits Et de vos doigts salis patinez sans relâche vos heurts Qu’il n’y ait plus de jais, qu’il n’y ait plus d’albâtre Adieu l’agneau, au diable le loup Je veux être une ablette Gobeuse de leurres d’or Je veux être un goujon Et mordre à tous les hameçons Je veux faire des bulles Et chier dans la rivière Avec les autres poissons En me laissant glisser Dans les ondes légères Au bon gré du courant Sans m’écailler La comprenette Sans m’égratigner A mes arêtes Voyez le loup qui hurle à la lune ronde C’est sa haine qui le brûle Et sa colère qui gronde voudrait dévorer le monde Il cherche à déchirer la nuit A coups de griffes, à coups de crocs Mais le ciel est bien trop haut Pour qu’il puisse creuser tanière Dans le fond d’un trou noir Se rouler en boule Dans un trou de mémoire Dissoudre ses ombres Dans un océan de ténèbre Ô immaculée clarté, néante noirceur Siamoisez-vous mes sœurs, Et sur ma palette intérieure Mélangez vos humeurs En camaïeu de gris Peignez des crépuscules, des paysages au lavis Aux pinceaux fumigènes embrumez vos attraits Et de vos doigts salis patinez sans relâche vos heurts Qu’il n’y ait plus de jais, qu’il n’y ait plus d’albâtre Adieu l’agneau, au diable le loup Je veux être une linotte Tête en l’air, croque-note Je veux être une alouette Au firmament, tête à l’évent Je veux becqueter des vers Et gober des moucherons En remuant mon croupion Avec les autres piafs Sans jamais plus faire gaffe A là où m’emmène le vent Sans qu’on n’me plume ni me dissèque Sans qu’on n’me cloue jamais le bec ← Retour page Compos