Primevère
Elle joue avec moi à cache-cache, la Primevère. A-t-elle si peur que je l’arrache ? Elle joue la fille de l’air, me passe sous le nez Dès que je crois la respirer… Et je reste planté en hiver, Avec son souvenir sucré. Elle joue avec moi à cache-cache, la Primevère. A-t-elle si peur que je me fâche Quand elle me fait bisquer, quand elle me fait craquer, Quand je me soulève le cœur Pour voir si elle n’a pas planqué dessous Un petit brin de son odeur ? Y’a plus d’saisons ! Adieu pimpantes floraisons, adieu exquises exhalaisons, Ensevelies sous les effluves rances et les puants poisons… Ci-gisent mes défuntes fragrances. Y’a plus d’printemps ! Au r’voir la brise, bonjour la bise, Souffle létal sur ma banquise. Sanglots de fleurs, pétales en pleurs… Les moufles sont de mise Pour écarter le givre qui me glace le cœur. Reviens, ma Primevère, petite folle, L’envelopper dans ta corolle, Avant qu’il ne se brise comme du verre. Elle joue nuit et jour à cache-cache, la Primevère. Si je l’appelle, alors macache ! La belle se défile, file comme une anguille… Quant à moi, de fil en aiguille, À tant courir pour lui sauter au cou, Je vacille et je deviens fou. Elle joue nuit et jour à cache-cache, la Primevère. Fleur bleue, je rêve, je m’amourache, Et je crève d’envie qu’elle partage avec moi Sa vie, sa sève et ses émois. Dans mon jardin secret, je l’imagine À tout jamais… prendre racines. ← Retour page Compos